Manifeste pour un diagnostic démocratique
Peuples, citoyennes et citoyens de tous horizons, unissons nos différences pour demander un diagnostic de nos systèmes démocratiques!
La démocratie est malade, là où elle semble exister. Même là où elle paraît saine, il convient de s’en (r)assurer régulièrement.
La promesse de la démocratie est la suivante: nous, citoyennes et citoyens, ensemble malgré nos différences, décidons des institutions par lesquelles nous nous gouvernons. Cette décision est celle d’un peuple souverain, souverain de son avenir et du projet de société qu’il porte.
Pour cela, nous devons accepter de difficiles vérités. D’abord, l’humanité n’est qu’un frêle voilier sur un océan d’incertitude. Où que l’on se dirige, des tempêtes nous attendent. Peu importe qui tient le gouvernail, serait-ce le meilleur marin, le navire sombrera sans l’aide des râmeurs et de ceux qui écopent l’eau qui s’infiltre dans la cale. La vraie question démocratique n’est pas de savoir qui tient le gouvernail, mais comment l’ensemble de l’équipage s’organise, se coordonne, se répartit les tâches en fonction des forces de chacuns. Personne n’est plus important qu’un autre, l’équipage forme un tout, et ce n’est qu’ainsi qu’il peut avancer.
Ensuite, nos sociétés sont bien plus complexes qu’un navire, et nos équipages nombreux et entremêlés. Il est inévitable que nous serons en désaccord, et ce constamment. Sur la répartition des tâches bien sûr, mais aussi sur le cap que nous souhaitons donner au navire. Où allons-nous maintenant? Eternelle question sans bonne réponse évidente. Nous naviguons dans l’incertitude, sans pouvoir prévoir tout ce qui nous arrivera. Mais nous pouvons choisir, ensemble, un cap qui nous semble meilleur que les autres. Et surtout, nous pouvons profiter des accalmies pour recoudre nos voiles, réparer la coque, soigner les bléssés, et nous rassurer les uns les autres.
Oui, nous serons en désaccord sur où aller. Mais aujourd’hui, nous sommes aussi en désaccord sur comment aller. Comment être un équipage composé de tant de personnes différentes? Comment gérer nos inévitables désaccords tout en restant uni et solidaires? La seule réponse à cette question existentielle s’apelle démocratie.
Notre seul espoir est la démocratie. Nous devons, maintenant, toutes et tous tendre vers elle. Et le faire avec la conscience qu’elle ne sera jamais parfaite, et donc ne doit jamais être figée. La démocratie est un processus, un apprentissage collectif permanent, un idéal en éternelle (re)construction.
Aujourd’hui, il nous faut reconnaitre que ce que nous avons fait de la démocratie ne suffit plus à faire face aux défis de notre temps. Nous avons largement délégué la démocratie, à des capitaines et leurs seconds, que nous élisons régulièrement. Ils ont gouverné le navire, parfois vers des horizons légitimes, mais aussi dans des tempêtes dévastatrices.Certains ont tenté de faire de nous un équipage solidaire, beaucoup nous ont divisé pour mieux régner. Quelque soit le sens du gouvernail, nous avons largement acquiescé. Mais surtout, nous en avons oublié notre droit et notre capacité à participer à la décision des vents à prendre.
Nous sommes tous dans le même bateau, et nous devons aujourd’hui nous réunir sur le pont et décider comment nous allons le gouverner.
Il nous faut tout de suite enterrer l’illusion que nous trouvions le capitaine providentiel, qu’il soit simple matelot ou lieutenant mutin. Personne ne nous gouvernera si nous ne nous gouvernons pas nous-même. Cela ne veut pas dire que nous n’attribuerons pas des tâches, et oui quelques uns se retouveront derrière le gouvernail, pourquoi pas en alternance parmi plusieurs capitaines. Mais ils ne pourront imposer leur choix au reste de l’équipage. Des gardes-fous et de contre-pouvoirs sont nécessaires.
La démocratie est un équilibre précaire et complexe, dans lequel le peuple doit peser de tout son poids, sans quoi l’ensemble bascule dans la tyrannie.Aujourd’hui, le peuple doit peser de tout son poids sur l’équilibre démocratique. Il doit y contribuer davantage, plus souvent, à de multiples échelles, et de diverses façons. Par exemple, il pourrait s’investir dans le choix de l’utlisation des ressources financières via des budgets participatifs, revoquer des élus lorsque ceux-ci enfreignent certaines règles ou cessent de représenter leurs électeurs; trancher des questions sociétales fondamentales via des (p)référendums; proposer des nouvelles lois via des initiatives populaires; et finalement construire ensemble des solutions par la délibération publique, pour affronter et surmonter nos désaccords par le dialogue.
Toutes et tous ne participeront pas à chaque lieu et chaque moment démocratique. Certains n’en n’ont pas envie, ou préfère l’une ou l’autre possibilité de s’exprimer. Et nous sommes bien trop nombreux pour ne pas nous répartir le travail. Ce qui compte, c’est que chacun ait de multiples oppurtunités de participer au jeu démocratique. Bien sûr, nous aurons également besoin de personnes avec des compétences particulières: des leaders; des parlementaires élus; des juges; des experts etc. L’édifice démocratique, dans une société complexe, et forcément une division du travail complexe.
Mais il n’y a pas de recette magique, de formule universelle qui marche partout et toujours. La démocratie sera toujours imparfaite et à priori perfectible. Aucune solution ne peut régler tous les problèmes, et de nouveaux problèmes émergeront, exigeant notre effort collectif pour réinventer encore la démcoratie. Nous devons prendre conscience de cette réalité, et entrer ensemble dans un processus permanent de questionnement de l’état de notre démocratie. Nous devons identifier les problèmes auxquels elle fait face, et imaginer ensemble des solutions appropriées.
Il nous faut aujourd’hui initier une démarche de diagnostic démocratique, pour identifier les maux qui affectent nos démocraties. Chaque système démocratique doit engager son auto-critique.
Ce processus diagnostic doit être fait démcocratiquement, en y incluant au maximum les citoyens via plusieurs mécanismes et innovations démocratiques. Un diagnostic démcoratique pourrait concilier représentants élus et citoyens tirés au sort; appuyés par des experts (de la démocratie notamment); être alimenté par de larges consultations populaires, par exemple en ligne; et dont les propositions principales seraient soumises à référendum populaire. Ce processus pourrait revêtir bien d’autres formes démocratiques, les possibilités sont multiples.
L’important est que la démarche du diagnostic démocratique est possible, et nécessaire, partout et tout le temps.
Bien sûr, nous ne serons pas d’emblée d’accord sur quels sont les problèmes de notre système démocratique, et encore moins sur les solutions à y apporter. Mais tenter de surmonter nos désaccords en la matière, et ce par le dialogue démocratique, est aujourd’hui notre meilleure option.
Citoyens et citoyennes, il nous faut aujourd’hui discuter des règles du jeu démocratique, ensemble malgré nos différences, afin que celles-ci puissent coexister pacifiquement. Nous devons nous réapproprier le processus démocratique, y faire confiance à nouveau, et pour cela il nous faut le diagnostiquer démocratiquement.
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